
Jean Rösch (1915 - 1999)
Lorsque Jean Rösch passait les étés de son enfance dans les Pyrénées, sa grand-mère maternelle lui parlait parfois de Observatoire au sommet du pic du Midi. " Je ne savais pas trop ce que c'était, et j'avais dessiné une montagne, avec, au sommet, une petite maison au toit rouge. J'ignorais qu'un jour je serais amené à m'occuper de la petite maison". Lorsqu'il en quittera la direction au bout de 34 ans, cet établissement sera devenu l'un des deux grands observatoires de mission en France, et aura acquis une réputation mondiale en planétologie et en physique solaire, après avoir été un grand centre d'observation des rayons cosmiques, ainsi que de la surface lunaire en préparation des vols Apollo. Il aura fallu l'énergie et la ténacité d'un homme comme Jean Rösch pour que ce site en haute montagne, difficile d'accès, peu confortable pour des séjours prolongés, très limité en sources d'énergie, sorte de sa léthargie et donne enfin toute sa mesure.
Meneur d'hommes et de projets, Jean Rösch était aussi un chercheur. Il a su obtenir des images inégalées de la surface solaire, améliorant au fur et à mesure les outils d'observation, n'hésitant as à construire une instrumentation innovante, comme la lunette qui porte maintenant fièrement son nom. Depuis lors, le Pic du Midi est le meilleur Observatoire au monde pour suivre l'évolution des "granules" solaires.
Ancien normalien, Jean Rösch était également attiré par l'enseignement. Non content de diriger un institut de recherche dans des conditions difficiles, loin de la capitale et des tutelles, il s'est employé à y attirer les jeunes scientifiques prometteurs, en prenant en charge l'enseignement d'astronomie à l'Université Paris VI pendant dix-huit ans, contribuant ainsi à la formation de toute une génération de physiciens et d'astrophysiciens.
L'itinéraire de cet astronome hors du commun commence le 5 janvier 1915 à Sidi-Bel-Abbès où son père était médecin militaire, et où son grand-père paternel était venu s'établir depuis son Danemark natal. Son autre grand-père, d'origine bigourdane, était maire de Parmentier, commune voisine. Jean Rösch avait un frère cadet, Georges, futur médecin. La lecture des volumes de l'annuaire Flammarion dans le grenier familial éveille son intérêt pour l'astronomie. Il reçoit une petite lunette astronomique pour son succès au premier bac. Après une préparation aux grandes écoles au lycée d'Alger, il est admis à l'X et à l'École Normale Supérieure en 1933; c'est cette dernière qu'il choisit. Il y est remarqué par Georges Bruhat, qui l'encourage à poursuivre sa vocation pour l'astronomie, et l'envoie faire son diplôme d'études supérieures auprès de Bernard Lyot, inventeur de génie, à l'observatoire de Meudon en 1935.
C'est à Sidi-bel-Abbès qu'il rencontre sa future femme, Raymonde Postel, qui sera sa Compagne jusqu'à la fin. Ils se marient en 1937. Il est mobilisé la même année et affecté au service des études et inventions concernant la Défense Contre Avions, où il côtoie Francis Perrin. Il ne retourne à la vie civile qu'après l'armistice. Il restera toute sa vie d’officier de réserve.
Il obtient un poste d'aide-astronome à l'Observatoire de Bordeaux en août 1940, et Soutient une thèse sur les "mesures stéréoscopiques appliquées à l'astronomie" en 1943. Outre son travail de recherche, il seconde le directeur dans ses tâches administratives, en particulier l'organisation de l'atelier. De cette période, il conserve un attachement particulier pour Arcachon, où il a longtemps eu une résidence secondaire.
Lorsqu'il est nommé directeur de l'Observatoire du Pic du Midi en 1947, il y trouve une situation plus riche d'espoirs que de réalités. Pendant la guerre, son prédécesseur a mené d'importants projets de rénovation, dont peu ont abouti. La première tâche de Jean Rösch est de poursuivre les travaux d'infrastructure. La ligne électrique est mise en service en novembre 1949. Les cosmiciens peuvent enfin installer leurs électro-aimants au Pic. L'inauguration du téléphérique en 1952 marque la fin d'une époque, celle des ascensions à pied et des porteurs. La décennie qui suit est une période d'expansion dans de nombreux domaines scientifiques : astronomie, physique de l'atmosphère, biologie alpine. Encouragé par une tournée des observatoires américains en 1953, il entreprend des observations de la photosphère solaire. Les films obtenus montrent ce que personne
n'avait vu auparavant, l'évolution pendant plusieurs heures des “granules”, cellules bouillonnantes à la surface de notre astre. Par la suite, toutes ses recherches ont pour objectif d'exploiter les qualités du site du Pic du Midi pour l'imagerie à très haute résolution, que ce soit les étoiles binaires, la physique solaire, les transits de mercure. Il mènera en particulier des travaux pionniers sur les “tavelures“ (qu'il appelle “grappes de raisin“), ces taches mouvantes que forment les images d'étoiles perturbées par l'atmosphère terrestre.
Pour achever son œuvre, Jean Rösch préside à la construction d'un grand télescope nocturne. Ce projet, accepté en 1965, n'aboutit qu'en 1982, après une longue et dure bataille contre des difficultés et entraves de toutes sortes. Bagnérais Jean Rösch s'implique dans la vie associative : il est président de la Société Ramond pendant 45 ans, membre de la Régie Thermale de Bagnères, de l'Union Touristique de La Mongie, du Rotary Club de Tarbes. Il quitte la direction de l'Observatoire en 1981, pour enfin se consacrer pleinement
A la recherche. Il poursuit la construction et la mise en service d'un héliomètre pour mesurer l'aplatissement du Soleil. A partir de 1995, sa santé ne lui permet plus de monter au Pic. Il meurt au matin du 20 janvier 1999.
À ceux qui l'ont connu, il laisse le souvenir d'un homme sévère, mais loyal, doué d'une grande culture et d'un humour fin, un homme qui, par amour de la science et de la montagne, s'est dépensé sans compter dans une mission qui le grandissait à nos yeux : le Pic du Midi.

Avec l'aimable contribution de Mrs Z.Figuigui & O.Benazzedine.












