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Dialogue Méditerranéen n°1 ,Mars 2009 ,  Dr. Ben Brahim Hamida

 

L'enfant-concept. Un isomorphisme christique dans L'enfant de sable*;roman de Tahar Ben Jelloun.

Dr. Hamida Ben Brahim

Université de Sidi Bel Abbès.

 

Le personnage serait d'autant plus productif sémantiquement (soit donc, sémiotiquement) qu'il serait considéré comme concept et non plus désormais comme seulement personne fictive. L'intérêt d'une telle conversion, au-delà de son assise théorique; l'intérêt est de pouvoir opérer sur des corpus « conceptuels » par définition, corpus mythico-hiératiques. Dans L'enfant de sable*, la rationalité de cette considération est plausible. En effet, dans ce roman, le personnage pourra désormais être re-construit, à travers le logos (du roman), comme concept sur le modèle de l'enfant-concept, du point de vue du muthos; que fut Jésus-Christ, verbe de Dieu.

Introduction :

On néglige souvent l'évidence que le personnage est un concept et non une personne, même imaginaire. (1 ) N'est-ce pas que la caractérisation du personnage nous permet mentalement d'en élaborer la consistance. Plus cette caractérisation s'affine plus le personnage se rapproche, et c'est à ce niveau qu'il faudra faire très attention; plus cette caractérisation s'affine plus le personnage tendra à s'éloigner de la personne, aussi puissamment imaginaire que l'on voudrait croire; s'éloigner de la personne pour atteindre au concept en tant qu'il est construction mentale efficiente d'un phénomène transcendantal. Autrement dit, le personnage doit être considéré absolument comme phénomène émanant exclusivement du monde auquel il appartient, monde lui-même absolument conceptuel; le texte (dont le concept fondamental est le signe - de quelque nature qu'il soit, aussi bien linguistique que sémiotique.) En effet, il serait fou de dire que la pomme qu'Adam* «aura» croquée est d'une manière ou d'une autre la pomme qui se trouve sur la table au moment de mon de repas de tout à l'heure. Il en sera question de la même impossibilité concernant la pomme peinte sur une toile par une main inconnue, et disparue. ( 2)

Mais peut-être penserait-on que la pomme d'Adam* serait un mythe. Mais observons qu'appeler son personnage Ahmed, comme dans L'enfant de sable* ou Adam*, comme dans la Bible, ne ferait aucune différence puisque nul d'entre nous, présents dans cette salle, nous qui, qui plus est, en parlons « en connaissance de cause ( 3) »; nul d'entre nous n'en sait rien sinon que le texte en parle et, apparemment, le texte serait le seul à en parler avec certitude. N'est-ce pas qu'en définitive ce n'est qu'en lisant, progressivement, que nous découvrons le personnage. Le texte, progressivement, nous le révèle en le construisant, pièce par pièce ( signe par signe.) C'est ce qui nous conduit à une phénoménologie du texte (ou de l’œuvre en général) nous conduisant par-là à un comparatisme absolu de tous les textes indépendamment des intentions plus ou moins connues, plus ou moins ratifiée par les écrivains eux-mêmes (car souvent c'est la Critique qui les charge d'intentions et de volontés rationnellement imputables non pas aux écrivains mais aux textes « en lecture ( 4) » qui ne rencontrent qu'en certains points les textes, les leurs, « en écriture ».) Le personnage est, par conséquent, un concept, un signe; participant et procédant du signe textuel (5 ) exclusif. Dans le roman, L'enfant de sable*, nous avons affaire à un personnage qui, même dans la fiction, n'existe pas. Un enfant qui n'a pas été conçu matériellement, dans la fiction même; un enfant-concept, dans la fiction même; un enfant dont l'histoire nous est contée, avec détails; alors qu'il est dans la fiction même une collection exclusivement faite de langage. Par ailleurs nous y levons un enfant-concept, produit non pas de l'imagination de son père mais de sa volonté. Ce sera alors volonté du père d'Ahmed, arrêtant le sexe de l'enfant qui lui naîtra; contre la volonté de l'Absolu transcendantal ( 6) qui en principe en décide. D'où le postulat d'une identification dans le champ hiératique; le champ christique ou l'enfant de la volonté divine. L'exercice pratique de ce comparatisme consistera à relever, de façon systématique, la présentation de l'enfant Ahmed comme la représentation historicisante – paradoxalement ( 7)– de Jésus-Christ.

Éléments de l'étude comparative :

Description d'Ahmed participant de l'iconographie christique.

Étudions le passage suivant:

II y avait d'abord ce visage allongé par quelques rides verticales, telles des cicatrices creusées par de lointaines insomnies, un visage mal rasé, travaillé par le temps. La vie — quelle vie ? Une étrange apparence faite d'oubli — avait dû le malmener, le contrarier ou même l'offusquer. On pouvait y lire ou deviner une profonde blessure qu'un geste maladroit de la main ou un regard appuyé, un œil scrutateur ou malintentionné suffisaient à rouvrir. Il évitait de s'exposer à la lumière crue et se cachait les yeux avec son bras. La lumière du jour, d'une lampe ou de la pleine lune lui faisait mal: elle le dénudait, pénétrait sous sa peau et y décelait la honte ou des larmes secrètes. Il la sentait passer sur son corps comme une flamme qui brûlerait ses masques, une lame qui lui retirerait lentement le voile de chair qui maintenait entre lui et les autres la distance nécessaire. Que serait-il en effet si cet espace qui le séparait et le protégeait des autres venait à s'annuler? Il serait projeté nu et sans défenses entre les mains de ceux qui n'avaient cessé de le poursuivre de leur curiosité, de leur méfiance et même d'une haine tenace; ils s'accommodaient mal du silence et de l'intelligence d'une figure qui les dérangeait par sa seule présence autoritaire et énigmatique.(L'enfant de sable, pp 07-08.)

D’où nous tirons les détails suivants : Les caractéristiques physiques d'Ahmed

«... visage allongé... mal rasé... travaillé par le temps[...] ; Éléments que l’on retrouve dans le profil christique dans l'Iconographie où il s'agit d’« Un visage allongé, portant la barbe et éploré. »

Les artistes romans donneront [...] au Christ les caractères de leurs peuples respectifs, de sorte qu'une différence fondamentale de conception sépare, par exemple, le Christ en gloire catalan du début du Xe siècle (Saint-Clément de Tahull, Barcelone, musée d'Art de Catalogne) d'un même sujet de tradition byzantine. [...], l'artiste catalan représente le Christ comme un homme du peuple au visage allongé, avec des traits très accusés, des sourcils brutalement dessinés, un nez fort et droit, des yeux grands et noirs, des cheveux et une barbe ondulés et un cou puissant de paysan espagnol. Ce type de Christ est très répandu en Espagne ([...]), (Marcade. In Encyclopaedia Universalis.)

La blessure. On pouvait y lire ou deviner une profonde blessure...

Isotexte (comparatif* ): En péchant ainsi contre vos frères et en blessant leur conscience qui est faible, c'est contre Christ que vous péchez. (L'évangile, Corinthiens 8, 12. Les viandes sacrifiées aux idoles..)

Persécution de Jésus-Christ. Il serait projeté nu et sans défenses entre les mains de ceux qui n'avaient cessé de le poursuivre de leur curiosité, de leur méfiance et même d'une haine tenace

Isotexte :

12 « Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et on vous persécutera; on vous livrera aux «synagogues, on vous mettra en prison; on vous traînera devant des rois et des gouverneurs à cause de mon nom. [...]16 Vous serez livrés même par vos pères et mères, [...]. 17 Vous serez haïs de tous à cause de mon nom;[...] (Évangile. Luc 20, La persécution, signe par excellence.)

C'est, par ailleurs, un être doué d'une intelligence sublime, une énigme et un agitateur. Jésus-Christ fut un agitateur, un « gêneur » et de sa communauté et de l'autorité romaine « par sa seule présence... et de l'intelligence d'une figure qui les dérangeait par sa seule présence... énigmatique.

Isotexte :De son intelligence

10 Puis, appelant la foule, il leur dit: « Écoutez et comprenez ! [...]12 Alors les disciples s'approchèrent et lui dirent: « Sais-tu qu'en entendant cette parole, les «pharisiens ont été scandalisés ?» [...]14 Laissez-les: ce sont des aveugles [...] 15 Pierre intervint et lui dit: «Explique-nous cette parole énigmatique*. » 16 Jésus dit: «Êtes-vous encore, vous aussi, sans intelligence*? 17 Ne savez-vous pas [...]?[...] »(Évangile. Matthieu, 15, Ce qui rend l'homme impur.)

De son énigme et de son caractère fondamentalement « transformant »

25 Je vous ai dit tout cela de façon énigmatique, [...] je vous annoncerai ouvertement ce qui concerne le Père. 26 Ce jour-là, vous demanderez en mon nom et cependant je ne vous dis pas que je prierai le Père pour vous, [...]28 Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde; [...]» 29 Ses disciples lui dirent: « Voici que maintenant tu parles ouvertement et que tu abandonnes tout langage énigmatique; [...]31 Jésus [...]: « Croyez-vous, [...]? [...]vous me laisserez seul: mais je ne suis pas seul, le Père est avec moi. [...], j'ai vaincu le monde ! ». (Évangile. Jean 17, Tenir bon car Jésus est vainqueur.)

Son autorité. L'autorité de Jésus-Christ était autant évidente que : ...présence autoritaire...

Isotexte :28 Or, quand Jésus eut achevé ces instructions, les foules restèrent frappées de son enseignement; 29 car il les enseignait en homme qui a autorité et non pas comme leurs scribes. (Évangile. Matthieu, 7.)

L'appel à la prière

L'appel à la prière, donc l'appel à / de Dieu qui ressemble plutôt à une émeute identifie cette scène à l'épisode christique ci-dessous:

Le bruit des plaintes et lamentations des mendiants. Le bruit strident de l'appel à la prière [...]. Ce n'était plus un appel à la prière mais une incitation à l'émeute. Le bruit de toutes les voix et clameurs montant de la ville et restant suspendues là, juste au-dessus de sa chambre, [...]. (L'enfant de sable, p 08.)

Le bruit le perturbait.. Depuis qu'il s'était retiré dans cette chambre haute, voisine de la terrasse, il ne supportait plus le monde extérieur avec lequel il communiquait une fois par jour en ouvrant la porte à Malika [...](L'enfant de sable, p 08.). Id. pp 46 & 88.

Isotexte :A la vue des foules, Jésus 3 monta dans la montagne. Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent de lui. 2 Et, prenant la parole, il les enseignait:!...](Évangile. Matthieu 5, Le Sermon sur la montagne.)

Isotexte : cf. dans le corps notions de: « terrasse », « lumière*»

28 [...]Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques et monta sur la montagne pour prier. 29 Pendant qu'il priait, l'aspect de son visage changea et son vêtement devint d'une blancheur éclatante. [...]Pierre lui dit: « Maître, il est bon que nous soyons ici; dressons trois tentes: une pour toi, une pour Moïse, une pour Élie. » [...] survint une nuée qui les recouvrait. La crainte les saisit au moment où ils y pénétraient. 35 Et il y eut une voix venant de la nuée; elle disait: « Celui-ci est mon Fils, celui que j'ai élu, écoutez-le» 36 Au moment où la voix retentit, il n'y eut plus que Jésus seul. [...] (Évangile. Luc 9, La gloire de Jésus sur la montagne.)

Un Être*métamorphique. « [...] la métamorphose que subissait son visage à cause des nombreux tics nerveux qui risquaient de le défigurer? » (L'enfant de sable, p 10.) Autrement dit, au sens étymologique, il s'agit d'un être dont la conformation relève ou participe d'un au-delà (méta-). Ahmed est un ÊTRE de transformation* (cf. notion de son immortalité* à travers ses conteurs multiples.)

Isotexte :

49 Et de même que nous avons été à l'image de l'homme terrestre, nous serons aussi à l'image de l'homme céleste. [...]51 Je vais vous faire connaître un mystère. Nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons transformés, [...], les morts ressusciteront incorruptibles et nous, nous serons transformés. [...]. (Évangile. Corinthiens 16, Le corps des ressuscités.)

La marche de Jésus-Christ vers le Golgotha*.

[...] sa démarche n'était plus celle d'un homme autoritaire, maître incontesté de la grande maison, un homme qui avait repris la place du père et réglait dans les moindres détails la vie du foyer. Son dos s'était légèrement courbé, ses épaules étaient tombées en disgrâce; devenues étroites et molles, elles n'avaient plus la prétention de recevoir une tête aimante ou la main de quelque ami. Il sentait un poids difficile à déterminer peser sur la partie supérieure de son dos, il marchait en essayant de se relever et de se renverser. Il traînait les pieds, ramassant son corps, luttant intérieurement contre la mécanique des tics qui ne lui laissait aucun répit. (L'enfant de sable, p 10.)

Isotexte : Ils se saisirent donc de Jésus. 17 Portant lui-même sa croix, Jésus sortit et gagna le lieu-dit du crâne, qu'en hébreu on nomme Golgotha. [...](Évangile. Jean 19, Crucifixion et mort de Jésus.)

La naissance d'Ahmed

La naissance d'Ahmed est une résurrection (du Père) proclamée en tant que (bonne) Nouvelle; l'étymon de l'Évangile.

Joie du père

Le père leur dit qu'à partir de maintenant le respect qu'elles lui devraient était identique à celui qu'elles devraient à leur frère Ahmed. Elles baissèrent les yeux et ne dirent mot. On avait rarement vu un homme si heureux vouloir communiquer et partager sa joie. [...](L'enfant de sable, p 30.)

Isotexte :16 Dès qu'il fut baptisé, Jésus sortit de l'eau. Voici que les *cieux s'ouvrirent et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. 17 Et voici qu'une voix venant des cieux disait: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu'il m'a plu de choisir. » (L'Évangile, Matthieu 3, Jésus vient se faire baptiser)

La bonne nouvelle

On n'avait pas l'habitude d'étaler ainsi publiquement sa vie privée. Hadj Ahmed s'en moquait. L'important pour lui était de porter la nouvelle à la connaissance du plus grand nombre. La dernière phrase fit aussi du bruit. La police française n'aimait pas ce « Vive le Maroc ! ». (L'enfant de sable, pp 30-31)

Isotexte 1 :[...]Marie de Magdala et l'autre Marie vinrent voir le sépulcre 2 [...]l'*Ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s'assit dessus. [...] dit aux femmes: « Soyez sans crainte, vous. Je sais que vous cherchez Jésus, le crucifié. 6 II n'est pas ici, [...]allez dire à ses disciples: II est ressuscité des morts, et voici qu'il vous précède en Galilée; c'est là que vous le verrez.[...]elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. [...](Évangile. Matthieu 28, Au début du premier jour de la semaine.)

Isotexte 2:Le mot Évangile, directement dérivé du grec evangelion (bonne nouvelle), désigne à l'origine le message de salut annoncé par Jésus (Me 1.14) ou concernant Jésus (Me 1.1.) Il a servi ensuite à désigner les quatre livres qui rapportent un certain nombre de paroles et d'actes de Jésus. (L'Évangile, Introduction..)

Ahmed, événement politique

L'avènement d'Ahmed comme événement politique. L'occurrence du royaume* (Le Maroc en étant un), eu égard aux autres éléments, convoque nécessairement la notion christique de Royaume de Dieu*. « La dernière phrase fit aussi du bruit[...] ‘Vive le Maroc !’»

Isotexte :

Extrait 1 :

1 Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mage venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem 2 et demandèrent:«Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son astre à l'Orient et nous sommes venus lui rendre hommage. » 3 A cette nouvelle, [...] (Évangile. Matthieu 1, La visite des Mages.)

Extrait 2 :

27 Car le Fils de l'homme va venir avec ses anges dans la gloire de son père; et alors il rendra à chacun selon sa conduite. 28 En vérité, je vous le déclare, parmi ceux qui sont ici, certains ne mourront pas avant de voir le Fils de l'homme venir comme roi. (Évangile. Matthieu 16, Comment suivre Jésus.)

Le souvenir* de la naissance d'Ahmed comme fondement*; la nativité et la crucifixion*.

L'aspect politique de l'annonce fut vite oublié, mais toute la ville se souvenait, longtemps après, de la naissance d'Ahmed. (L'enfant de sable. P 31)

Isotexte :

Le souvenir*

11 Souvenez-vous donc qu'autrefois, vous qui portiez le signe du paganisme dans votre chair, [...]12 souvenez-vous qu'en ce temps-là, vous étiez sans Messie, [...]13 Mais maintenant, en Jésus Christ, [...]14 C'est lui, [...]. Dans sa chair, il a détruit le mur de séparation: la haine.;[...](Évangile. Éphésiens 3, Païens et Juifs réunis en Christ.)

Encore,

14 Et quand ce fut l'heure, il se mit à table, et les apôtres avec lui. 15 Et il leur dit: «J'ai tellement désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir. [...]17 II reçut alors une coupe [...]19 Puis il prit du pain et [...]leur donna en disant: « Ceci est mon corps donné pour vous. Faites ceci en mémoire de moi. (Évangile. Luc 21, Le pain et le vin de la Cène.)

Ahmed-Jésus-Christ s'émancipant de la volonté du Père.

Ahmed, désormais suffisamment identifié en tant que Jésus-Christ, s'émancipant de la volonté du Père, il la devient historiquement (concrètement*.) La devenant, il devient sa propre volonté d'où l'identification du Père et du fils; les deux branches fondamentales d'une trinité. Remarquons que cela coïncide avec la fin de la Porte du samedi, Sabbat* juif; augurant de l'avènement du dimanche chrétien « Bab El Had » (La porte du dimanche)*; Jour du Seigneur.

La porte du samedi se ferme sur un grand silence. Avec soulagement Ahmed sortit par cette porte. Il comprit que sa vie tenait à présent au maintien de l'apparence. Il n'est plus une volonté du père. Il va devenir sa propre volonté. (L'enfant de sable. P 48)

Isotexte :

« Mon Père, jusqu'à présent, est à l'œuvre et moi aussi je suis à l’œuvre. » 18 Dès lors, les Juifs n'en cherchaient que davantage à. le faire périr, car non seulement il violait le sabbat, mais encore il appelait Dieu son propre Père, se faisant ainsi l'égal de Dieu. (L'Évangile, Jean 5, Jésus et le paralysé de Bethzatha.)

Un homme différent *.

Identification dans le champ hiératique grâce au marqueur (Passion.) Il s'agit de Jésus-Christ; notion de Pain de vie (équivalent de la manne qui avait sauvé le peuple juif lors de l'Ancienne Alliance)

Vous ne croyez peut-être pas à ce genre de communication, mais j'ai tout de suite su que j'avais affaire à une personne d'exception et qui était déplacée hors de son être propre, hors de son corps. J'ai senti, au sens physique, que vous n'étiez pas un homme comme les autres. Ma curiosité est devenue une passion. Mon intuition m'oppressait, me poussait toujours plus loin dans ma recherche et mon approche. J'ai écrit beaucoup de lettres que je ne vous ai pas envoyées. (L'enfant de sable, p 91)

Isotexte : « vous n'étiez pas un homme comme les autres »

27 II faut vous mettre à l’œuvre pour obtenir non pas cette nourriture périssable, mais la nourriture qui demeure en *vie éternelle, celle que le *Fils de l'homme vous donnera, car c'est lui que le Père, qui est Dieu, a marqué de son sceau. » [...] Quelle est ton œuvre ? 31 Au désert, nos pères ont mangé la manne, ainsi qu'il est écrit: Il leur a donné à manger un pain qui vient du ciel. 32 Mais Jésus leur dit: « En vérité, en vérité, je vous le dis, ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel, mais c'est mon Père qui vous donne le véritable pain du ciel [...] 34 Ils lui dirent alors: « Seigneur, donne-nous toujours ce pain-là ! » 35 Jésus leur dit: « C'est moi qui suis le pain de vie; [...]59 Tels furent les enseignements de Jésus, dans la synagogue, à Capharnaüm. (L'Évangile, Jean 6, A Capharnaüm Jésus parle du pain du ciel.)

Ahmed & Dieu dans le roman

Ahmed conjuguant et opposant sa volonté à celle de Dieu (du Coran) s'y identifiant donc et par là s'identifiant à Jésus-Christ.

Un autre jour, ce verset: « Nous appartenons à Dieu et à lui nous retournerons » et il a ajouté en petits caractères: « Si je le veux ». Hérésie ! Hérésie ! Frères ! A partir de cette étape, il va se développer et enrichir sa solitude jusqu'à en faire son but et sa compagne. (L'enfant de sable, p 94)

Même opposition dans l'Évangile, bien qu'elle soit assumée par Jésus-Christ. Ce qui nous y intéresse c'est sa condamnation (identique) pour blasphème.

Isotexte :

« Tu n'as rien à répondre ? De quoi ces gens témoignent-ils contre toi ? » 63 [...] Le Grand Prêtre lui dit: «Je t'adjure par le Dieu vivant de nous dire si tu es, toi, le «Messie, le Fils de Dieu.» 64 Jésus lui répondit: « Tu le dis. Seulement, je vous le déclare, désormais vous verrez le Fils de l'homme siégeant à la droite du Tout-Puissant et venant sur les nuées du ciel. 65 Alors le Grand Prêtre déchira ses vêtements et dit: «II a blasphémé. Qu'avons-nous encore besoin de témoins ! Vous venez d'entendre le blasphème. 66 Quel est votre avis ? » Ils répondirent: « Il mérite la mort. »(L'Évangile, Matthieu 26 Jésus comparaît devant le sanhédrin ( 8))

Id. in (L'Évangile, Luc 5, Jésus guérit un lépreux.) ou encore :

33 Les Juifs lui répondirent: « Ce n'est pas pour une belle œuvre que nous voulons te lapider, mais pour un «blasphème, parce que toi qui es un homme tu te fais Dieu. » [...]Or nul ne peut abolir l'Écriture. 36 A celui que le Père a consacré et envoyé dans le «monde vous dites: Tu blasphèmes, parce que j'ai affirmé que je suis le Fils de Dieu. (L'Évangile, Jean 1, Jésus affirme son unité avec le Père.)

Liberté avec le Coran, identifiant du sacré:

Soit la liberté prise par Jésus-Christ, lui-même ou ses identifiants (comme ils se définissent par eux-mêmes dans l'Évangile (ci-dessous) vis-à-vis de la religion juive ou la Parole* de Dieu.

Je sais pourquoi certains ne sont pas revenus ce matin: ils n'ont pas supporté la petite hérésie que s'est permise notre personnage. Il a osé détourner un verset du Coran. Mais c'est un être qui ne s'appartient plus. On l'a bien détourné de son destin, et, si, au moment où il traverse une crise, il prend quelque liberté avec un verset, un seul verset, sachons le lui pardonner ! (L'enfant de sable, p 107)

Isotexte :

1 Aussi puisque, par miséricorde, nous détenons ce ministère, nous ne perdons pas courage. 2 Nous avons dit non aux procédés secrets et honteux, nous nous conduisons sans fourberie, et nous ne falsifions pas la parole de Dieu, bien au contraire, [...] 5 Non, ce n'est pas nous-mêmes, mais Jésus Christ Seigneur que nous proclamons. [...]8 Pressés de toute part, nous ne sommes pas écrasés; dans des impasses, mais nous arrivons à passer; 9 pourchassés, mais non rejoints; terrassés, mais non achevés; [...] (L'Évangile, 2 Corinthiens 3, Un trésor dans des vases d'argile.)

L'impossibilité de lui porter de jugement

L'impossibilité de porter de jugement sur lui comme il est interdit de le faire à l'endroit de Christ ou de l'un de ses identifiants (Apôtres.)

Et puis nous ne sommes pas ses juges; Dieu s'en occupera. (L'enfant de sable, p 107)

Isotexte :

Extrait 1:

71 Ne vous posez pas en juge, afin de n'être pas jugés; 2 car c'est de la façon dont vous jugez qu'on vous jugera, [...] 5 Homme au jugement perverti, ôte d'abord la poutre de ton oeil, et alors tu verras clair pour ôter la paille de l'œil de ton frère.(L'Évangile, Matthieu 6, La paille et la poutre.)

Extrait 2 :

1 Qu'on nous considère donc comme des serviteurs du Christ, et des intendants des mystères de Dieu. 2 Or, ce qu'on demande en fin de compte à des intendants, c'est de se montrer fidèles. 3 Pour moi, il m'importe fort peu d'être jugé par vous ou par un tribunal humain. Je ne me juge pas non plus moi-même. [...] celui qui me juge, c'est le Seigneur. (L'Évangile, Corinthiens 4, Le Seigneur, seul juge.)

Supplice d'Ahmed comme celui de Jésus-Christ.

Étudions le passage suivant:

(A) Je les sens-là, présents, derrière moi, me poursuivant de leurs rires sarcastiques, me jetant des pierres. (A, fin) (B)Je vois d'abord mon père, jeune et fort, avançant vers moi, un poignard à la main, décidé à m'égorger ou bien à me ligoter et m'enterrer vivante(B, fin.) J'entends sa voix rauque et terrible revenir de loin, sans s'énerver, pour remettre de l'ordre dans cette histoire. (C) Il parle de trahison et de justice. (C, fin) Lorsque je l'entends, je ne le vois plus. Son image disparaît ou se cache derrière les murs. (L'enfant de sable, p 129)

Isotexte (A) : Jésus-Christ dans la Via dolorosa*

[...] 12 Prenant encore la parole, Pilate leur disait: « Que ferai-je donc de celui que vous appelez le roi des Juifs ?» 13 De nouveau, ils crièrent: « Crucifie-le ! » 14 Pilate leur disait: « Qu'a-t-il donc fait de mal ? » Ils crièrent de plus en plus fort: « Crucifie-le !» .

[...] ils se mirent à l'acclamer: « Salut, roi des Juifs! » 9 Ils lui frappaient la tête avec un roseau, ils crachaient sur lui et se mettant à genoux, ils se prosternaient devant lui. 20 Après s'être moqués de lui, ils lui enlevèrent la pourpre et lui remirent ses vêtements. Puis ils, le font sortir pour le crucifier.

25 II était neuf heures quand ils le crucifièrent. [...]« Le roi des Juifs.» [...] 29 Les passants l'insultaient [...]31 De même, les grands prêtres, avec les scribes, se moquaient entre eux [...]Ceux qui étaient crucifiés avec lui l'injuriaient.

Isotexte (B) : Description de son Seigneur

Jésus cria d'une voix forte: » Eloï, Eloï, lama sabaqthani ?» ce qui signifie: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?» 35 Certains de ceux qui étaient là disaient, en l'entendant: « Voilà qu'il appelle Élie ! » [...]« Attendez, voyons si Élie va venir le descendre de là.» (L'Évangile, Marc 15, La mort de Jésus.)

Isotexte (C) : Description de son Seigneur

31 Prenant les Douze avec lui, Jésus leur dit: « Voici que nous montons à Jérusalem et que va s'accomplir tout ce que les prophètes ont écrit au sujet du Fils de l'homme. 32 Car il sera livré aux païens, soumis aux moqueries, aux outrages, aux crachats; 33 après l'avoir flagellé, ils le tueront et, le troisième jour, il ressuscitera.» 34 Mais eux n'y comprirent rien. Cette parole leur demeurait cachée et ils ne savaient pas ce que Jésus voulait dire.(L'Évangile, Luc 19, Jésus annonce encore sa mort et sa résurrection.)

L'immatérialité* d'Ahmed

D’où son mystère impalpable comme le fut le débat sur la nature de Christ. Immatérialité se traduisant par une binarité physique (réflexivité nihilisante* ), une dé-substantialité, (en tout.) Cf. Note* A ci-dessous.

- Qui te dit, lui a-t-il répondu, que je veux être sauvé ?

J'aimerais même perdre définitivement le visage et son image. Déjà, après une longue nuit de réflexion et d'errance, il m'arrive de passer ma main sur mes joues et je ne sens rien..., ma main traverse le vide. C'est une impression que tu ne peux pas comprendre, sauf peut-être si tu es un grand fumeur de kif... et encore il faut avoir connu le trouble du nom et le double du corps. Mais tout cela te dépasse. [...]

Ce qu'il cherchait, c'était que lui-même se perdît de vue de manière définitive et surtout de ne plus être porté comme une planche coranique par les flots du temps. Je ne sais pas comment il subsistait, s'il se nourrissait ou non, s'il dormait ou pas. Ses dernières notations sont vagues. (L'enfant de sable. P 151)

Isotexte : Note A :

La définition de Chalcédoine peut se résumer en quelques expressions techniques: le Christ est une personne, mais il possède deux natures unies entre elles «sans confusion ni changement, sans division ni séparation»; les propriétés de chacune de ces natures restent sauves, mais appartiennent à une seule personne ou hypostase. Cette définition permet au croyant d'affirmer, sans contradiction, que Jésus-Christ est véritablement à la fois son Dieu et son frère, et par là même son Sauveur; de saisir aussi que Dieu, tout en devenant homme, ne cesse pourtant pas un instant d'être Dieu. (Legrand. In Encyclopaedia Universalis.)

L'Inconcevable

Ce personnage d'Ahmed est « l'inconcevable » au sens littéral et utérin (« utéral* ») est impossible à « concevoir » par un humain (cf. un personnage-concept.) Ce qui fut le cas historique de Jésus-Christ, d'où identification, y compris au niveau du nom (l’Emmanuel ; Dieu est avec nous.)

Un long silence suivit le récit d'Amar. Salem et Fatouma avaient l'air convaincu; ils se regardèrent et ne dirent rien. A un certain moment, Salem, gêné, essaya de justifier sa propre version de l'histoire: « Ce personnage est une violence en soi; son destin, sa vie sont de l'ordre de l'inconcevable. » (L'enfant de sable. P 159)

Isotexte :

18 Voici quelle fut l'origine de Jésus Christ. Marie, sa mère, était accordée en mariage à Joseph; [...] l'Ange du Seigneur lui apparut [...]21 et elle enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.» 22 Tout cela arriva pour que s'accomplisse ce que le Seigneur avait dit par le prophète: 23 Voici que la vierge concevra et enfantera un fils auquel on donnera le nom d'Emmanuel, ce qui se traduit: « Dieu avec nous. » (L'Évangile, Matthieu 1, La naissance de Jésus.)

Ce qui se décline dans L'enfant de sable par :

Lalla Radhia* entrouvrit la porte et poussa un cri où la joie se mêlait aux you-you, puis répéta jusqu'à s'essouffler: c'est un homme, un homme, un homme... Hadj arriva au milieu de ce rassemblement comme un prince, les enfants lui baisèrent la main. Les femmes l'accueillirent par des you-you stridents, entrecoupés par des éloges et des prières du genre: Que Dieu le garde... Le soleil est arrivé... C'est la fin des ténèbres... Dieu est grand... Dieu est avec toi... (L'enfant de sable, p 26)

L’idée de renaissance par la rédemption

Eu égard au Voisinage* hiératique mosaïque (1) et christique (2); idée de rédemption et vie christique; cette renaissance* l'identifie à Jésus-Christ.

[...]justice non plus. Elle est impossible. Il y a dans ce Livre des versets qui ont fonction de loi (1); ils ne donnent pas raison à la femme. Ce que je cherche, ce n'est pas le pardon, car ceux qui auraient pu me le donner ne sont plus là (1). Et pourtant j'ai besoin de justice, de vérité, et de pardon(2.) Je suis allée de pays en pays avec la passion(2) secrète de mourir (2) dans l'oubli et de renaître(2) dans le linceul d'un destin lavé de tout soupçon(2.) Être enfin illuminée par l'idée de cette mort heureuse (2) qui a le pouvoir de m'affranchir (2)de tout ce qui pèse sur moi comme une éternelle malédiction. J'ai appris à détacher ma vie de ces lieux et objets qui s'effritent dès qu'on y touche(2.) Je suis partie, chassée de mon passé par moi-même(2), croyant qu'en m'éloignant du pays natal je trouverais l'oubli et la paix et que je mériterais enfin la consolation. J'ai tout quitté: la vieille maison(1), l'autorité que j'étais condamnée à exercer sur ma famille, les livres, le mensonge et l'immense solitude qui m'était imposée(2.) Je ne pouvais plus simuler une vie qui me faisait honte. » (L'enfant de sable, p 180)

Isotexte : de la rédemption

1[...]un homme du nom de Nicodème, [...]2 [...]vint, [...], trouver Jésus et lui dit: «Rabbi, nous savons que tu es un maître qui vient de la part de Dieu, [...]3 Jésus lui répondit: « En vérité, [...], je te le dis: à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le «royaume de Dieu. » 4 Nicodème lui dit: « Comment un homme pourrait-il naître s'il est vieux ? [...]» 5 Jésus lui répondit: « En vérité, [...], je te le dis: nul, s'il ne naît d'eau et d'Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. 6 Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'Esprit est esprit. 7 Ne t’étonne pas si je t'ai dit: II vous faut naître d'en haut. 8 [...]Ainsi en est-il de quiconque est né de l'Esprit. »(L'Évangile, Jean 3, L'entretien de Jésus avec Nicodème.)

Jésus-Christ marchant vers le Golgotha. « Têtes » identifiant du nom du lieu de crucifixion, cf. Isotexte.

Il s'agit du même lieu.

Je continuais ainsi ma course jusqu'à me retrouver hors de la ville, perdu dans les monticules de pierres et de têtes de veau calcinées, au milieu de ces quartiers clandestins qu'on appelle aujourd'hui bidonvilles, (L'enfant de sable, p 191)

Isotexte:

32 Comme ils sortaient, ils trouvèrent un homme de Cyrène, nommé Simon; ils le requirent pour porter la croix de Jésus. 33 Arrivés au lieu-dit-Golgotha, ce qui veut dire lieu du Crâne, [...] (L'Évangile, Matthieu 27 Jésus est mis en croix.)

L’identité en la mort

C’est la mort qui révèle sa véritable identité: le « bey » Ahmed; littéralement: le Seigneur Ahmed. Cf. infra étymologie de « Bey » dans le texte.

[...]On a découvert la véritable identité de mon oncle le jour de sa mort. Depuis nous vivons un cauchemar. J'ai pensé qu'en rendant publique cette Histoire on en ferait une légende, et, comme chacun sait, les mythes et les légendes sont plus supportables que la stricte réalité. » Elle me conta en détail l'Histoire de Bey Ahmed. Cela prit deux jours. Je l'écoutais tout en pensant à ce que je pourrais faire de toutes ces données, et comment les adapter à notre pays.(L'enfant de sable, pp 207-208)

Isotexte : Étymologie: définition de « bey »

Titre turc, signifiant seigneur, qui apparaît déjà, joint à divers noms, dans les inscriptions de l'Orkhon (Ville siècle); «bey» a un sens honorifique qu'il a d'ailleurs retrouvé à la fin de l'Empire ottoman comme équivalent de «monsieur», (Encyclopaedia Universalis).

Isotexte : Ahmed-Jésus-Christ, le Seigneur

15 Et il [Jésus-Christ] leur dit: «Allez par le monde entier, proclamez Évangile à toutes les créatures. 16 Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné. 17 Et voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru: en mon nom, ils chasseront les démons,[...] » 19 Donc le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s'assit à la droite de Dieu.(L'Évangile, Marc 16, Diverses apparitions de Jésus ressuscité.)

Un « garçon tant attendu »: Un messie.Elles sont toutes arrivées par erreur, à la place de ce garçon tant attendu. (L'enfant de sable, p 22)

Isotexte :2 Or Jean, dans sa prison, avait entendu parler des oeuvres du Christ. Il lui envoya demander par ses disciples: 3 « Es-tu Celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?» 4 Jésus leur répondit: « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez: [...]»(L'Évangile, Matthieu 10, La question de Jean le Baptiste.)

36 Et prenant un enfant, il le plaça au milieu d'eux et, après l'avoir embrassé, il leur dit: 37 « Qui accueille en mon nom un enfant comme celui-là, m'accueille moi-même; et qui m'accueille, ce n'est pas moi qu'il accueille, mais celui qui m'a envoyé. » (L'Évangile, Marc 9, Qui est le plus grand ?)

Structure syntaxique présentant un isomorphisme avec celle du texte Testamentaire*:

Cf. Les nombreux énoncés de la forme :

L'enfant qui sera... qui s'appellera... qui va illuminer... qui gouvernera et qui protégera.

De quoi il s'agit ?

Il s'agit du futur modal (ou d’une de ses périphrase.)

Remarquons qu'il s'agit d’une des modalités bibliques à l’instar des dix commandements. D’où le constat d’un isomorphisme* identifiant la parole du père d'Ahmed à celle du Père céleste.

Tu seras une mère, une vraie mère,

tu seras une princesse, [...] L'enfant que tu mettras au monde sera un mâle,ce sera un homme,il s'appellera Ahmed

Cet enfant sera accueilli en homme qui va illuminer de sa présence cette maison [...] il sera élevé selon la tradition réservée aux mâles, et bien sûr

il gouvernera et vous protégera après ma mort. (L'enfant de sable, pp 22-23)

Identification des hypostases

Les trois [constituants] de la Trinité de la Nouvelle Alliance (Le pacte, dans le corpus.) Cet enfant aura pour compagnie sa Mère seule comme selon un programme inexorable, décrété par le Père, le Projet christique; toujours selon la modalité biblique (le futur modal.)

Nous serons donc trois à partager ce secret, puis nous ne serons que deux, [...], puis tu seras la seule, [...]. Ahmed restera seul et régnera sur cette maison de femmes. Nous allons sceller le pacte du secret: donne-moi ta main droite; que nos doigts se croisent et portons ces deux mains unies à notre bouche, puis à notre front. Puis jurons-nous fidélité jusqu'à la mort ! Faisons à présent nos ablutions. Nous célébrerons une prière et sur le Coran ouvert nous jurerons. » Ainsi le pacte fut scellé ! (L'enfant de sable, p 23)

Identification: l'enfant Ahmed-Zahra-Jésus-Christ ; l'enfant « sans nom » (par antiphrase.)

En effet, l’absence de toute concrétude d’Ahmed-Zahra enlève toute possibilité à lui donner un nom. Or, ce sera bien cette impossibilité qui conduit à identifier Jésus-Christ à l’Être* métaphysique. Étudions le passage suivant:

L'enfant fait dans l'ombre de la loi, l'enfant né d'une union non reconnue, est destiné au mieux à rejoindre le foyer de la Bonté*, là où sont élevées les mauvaises graines, les graines du plaisir, bref, de la trahison et de la honte. Une prière secrète sera faite pour que cet enfant fasse partie du lot des cent mille bébés qui meurent chaque année, par absence de soins, par manque de nourriture ou par la malédiction de Dieu ! Cet enfant n'aura pas de nom. Il sera fils de la rue et du péché et devra subir les différents états du malheur. (L'enfant de sable, p 154)

Parce qu'il est « personne » il est seulement et, par conséquent, il aura le nom de l'ÊTRE qui l’a engendré comme Jésus-Christ, n'étant pas tout à fait « humain », a eu le nom du Mystère* qui l'avait engendré (son Seigneur.)

De même le nom du personnage ne sera-t-il pas de facto :

La fête du baptême fut grandiose. Un bœuf fut égorgé pour donner le nom : [...] Ahmed, fils de Hadj Ahmed. (L'enfant de sable, p 29)

Isotexte : Si être un objet dans un monde humain, c'est avoir un nom, le «sans-nom» ou l'innommable est aussi l'informe, le non-identifiable, le vertigineux, l'angoissant, le sans visage. Le nom est l'équivalent langagier du visage, comme le visage est l'équivalent perceptible du nom. (Armengaud. In Encyclopaedia Universalis).

Isotexte : 11 Désormais je ne suis plus dans le monde; eux restent dans le monde, tandis que moi je vais à toi. Père saint, garde-les en ton nom que tu m'as donné, pour qu'ils soient un comme nous sommes un. (L'Évangile, Jean 16, Jésus prie pour les siens.)

L'enfant-« FILS »

En dépit du fait de la séparation nécessaire de Jésus-Christ de sa judaïté, il se fera circoncire pour la perpétuation de la loi de Moïse parce qu'il n'est pas venu pour abroger l'ancienne alliance (cf. Isotexte), tout comme, en dépit de l'impossibilité de circoncire Zahra-Ahmed, il-elle se fera circoncire; par nécessité ontologique* (c'est son Être* qui est en jeu.)

Par ailleurs, impossibilité de toute substitution puisque l'enfant (Ahmed-Jésus- Christ) n'a pas d'équivalent* parmi les hommes.

Et l'enfant grandit dans une euphorie quasi quotidienne. Le père pensait à l'épreuve de la circoncision. Comment procéder ? Comment couper un prépuce imaginaire ? Comment ne pas fêter avec faste le passage à l'âge d'homme de cet enfant? [...] Bien sûr, il pourrait, me diriez-vous, faire circoncire un enfant à la Place de son fils. Mais il y aurait là un risque; cela se saurait tôt ou tard ! Figurez-vous qu'il a présenté au coiffeur-circonciseur son fils, les jambes écartées, et que quelque chose a été effectivement coupé, que le sang a coulé, [...] . (L'enfant de sable, pp 31-32.) Encore,

« Père, tu m'as fait homme.» J'ai lu tous les livres [...] J'ai beaucoup lu et j'ai opté pour le bonheur. La souffrance, le malheur de la solitude, je m'en débarrasse dans un grand cahier. En optant pour la vie, j'ai accepté l'aventure. Et je voudrais aller jusqu'au bout de cette histoire. Je suis homme. Je m'appelle Ahmed selon la tradition de notre Prophète. [...] Père, tu m'as fait homme, je dois le rester. (L'enfant de sable. Pp 50-51.)

Isotexte : le père « faiseur » de l'homme.

Ce qui renvoi à la glaise et au potier (métier du père d'Ahmed. )

Isotexte : 17 C'est ainsi que l'Écriture dit au Pharaon: Je t'ai suscité précisément pour montrer en toi ma puissance et pour que mon nom soit proclamé par toute la terre. [...]20 — Qui es-tu donc, homme, pour entrer en contestation avec Dieu ? L'ouvrage va-t-il dire à l'ouvrier: Pourquoi m'as-tu fait ainsi ? 21 Le potier n'est-il pas maître de son argile pour faire, [...] (L'Évangile, Romains 9, Souveraine liberté de Dieu.)

 

Conclusion

Notre problématique, de l'ordre du comparatisme isomorphique, c'est-à-dire terme à terme; comparatisme entre des champs sémiotiques en apparence sans relation; consiste en le postulat que les textes dits de fiction (que le langage plus généralement) relèvent d'un déterminisme phénoménologique transcendantal.

En effet, il n'est de récit – romanesque, moderne voire postmoderne – qui ne soit déjà répertorié dans les corpus archétypiques; récits transcendantaux par excellence, dépourvu de toute intention, ( 9) puisque leur Auteur, éponyme, Dieu; en relève par définition.

L'enfant de sable*, personnage, enfant-verbe, conçu dans l'utérus du langage (rappelons qu'Ahmed n’existe pas même dans cette fiction) et identifié, quasiment terme pour terme dans le récit christique; constitue non pas une re-présentation de Jésus-Christ mais une présentation, une autre, une nouvelle; l'enfant Ahmed, enfanté par le logos ( 10) (de l'écrivain), est strictement l'enfant Jésus, enfanté par le muthos (de la Bible.)

 

Notes :

  1. Imaginaire confondu par ailleurs avec imagination.

  2. Nous rappellerons que la connaissance personnelle et perpétuelle de l'écrivain, du peintre ou du sculpteur n'est nullement nécessaire pour « lire » l'ouvrage (ou l'œuvre); voire déconseillée.

  3. Ce qui est à l'évidence une antiphrase.

  4. Moment où l'écrivain n'est qu'un « lecteur » parmi d'autres, comme les autres. L'écrivain n'en est pas meilleur.

  5. A un quelconque degré, du phonème au texte comme entité unique; passant par tous les phénomènes substructuraux (phénomènes syntaxiques; de composition) comme anastructuraux ( phénomènes culturels.) En effet, la lecture d'une fiction scandinave, par le filtre culturel maghrébin dé-structure le texte (en tant que totalité) original. Sa lecture sera alors nécessairement un moment intermédiaire, n'advenant qu'au moment de lecture et disparaissant aussitôt, moment entre les deux cultures. Un tel moment ne peut exister mais seulement être instantanément (notion de: moment de l’œuvre en tant qu'ontologie.)

  6. Dieu, destin ou fatalité. Cela dépendra des convictions.

  7. Car, comme toute mythologie*, du point de vue de son caractère fondamentalement allégorique ; l’histoire christique constitue un isomorphisme évident avec la définition de la fictionnalité*. C’est-à-dire, ce que l’on néglige souvent de considérer ; l’on néglige le caractère -réel ou a-réel de ce qu’est l’Histoire*. Négligence qui se traduit par le fait paradoxal de prendre le récit (le discours décrit par la narratologie) pour l’Histoire (les événements réels passés, phénomènes irrationnels,puisque non scientifiques car imprédictibles*.)
    Considérant, par conséquent, cet aspect, c’est-à-dire que l’Histoire n’est que* le récit; dans cet article nous allons tâcher de reconstruire l’histoire christique à travers l’allégorie de l’enfant de sable, Ahmed-Zahra (paradigme opératoire que nous soutenons, par ailleurs, pour tout récit.)

  8. Tribunal civil et religieux des anciens juifs de la Palestine; il cessa d'exister en 70 après J.-C. In Dictionnaire d'Encyclopaedia Universalis.

  9. II s'agit de volonté et non d'intention.

  10. II s'agit bien d'un discours rationalisé (il y a bien une structure rationnelle.)

 

Bibliographie :

 

Armengaud, F.. Nom. Encyclopaedia Universalis. Cd-rom, 1997.

Ben Jelloun, Tahar (1985). L'enfant de sable. Paris. Seuil. coll. Points.

Encyclopaedia Universalis. Dictionnaire d’-. Cd-rom, 1997.

Legrand, H.. Chalcédoine (Concile de -) L'union hypostatique. Encyclopaedia Universalis. Cd-rom, 1997.

Marcade, V.. Christ (Représentation du -). L'art préroman et roman. Encyclopaedia Universalis. Cd-rom, 1997.

Société Biblique Française et Éditions du Cerf (1972. ) Bible (La). Nouveau Testament. Traduction œcuménique. Texte intégral. Le Livre de Poche. Paris.

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