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Du théâtre en filigrane dans un roman, un exemple de syncrétisme d’écriture dans ‘’Un été africain’’ de Mohammed Dib
Mellak Djillali
Université de Sidi Bel Abbés
Un été africain, quatrième roman de Mohamed Dib paru en 1959, s’affirme comme le récit qui consacre la première période de l’écriture dibienne et parachève la vaste fresque romanesque appelée « Algérie ».
Comparée aux premiers romans marquants de la première trilogie(1) qui dénoncent d’une façon univoque la situation sociale et économique du contexte colonial de l’époque, cette œuvre charnière est entièrement portée à la lutte de libération nationale. Au delà du thème insistant et récurrent de la guerre, ce récit signifiant, qui correspond comme les précédents à une étape déterminée de l’histoire de l’Algérie, reste fortement orienté vers l’éveil de la conscience du peuple.
Un été africain avance des récits brefs et autonomes, une écriture sobre et des évocations discrètes. A travers un entrecroisement de séquences et une profusion d’intrigues successives, de nombreux personnages évoluent dans des milieux différents et sont aux prises avec les évènements de la guerre . L’alternance des scènes pathétiques et des scènes de mœurs burlesques, la diversité des éléments poétiques et prosaïques, le naturel des dialogues font de ce récit une œuvre délicate. Le lecteur n’est plus devant le réalisme puissant de la trilogie, mais bien devant un réalisme psychologique que dénote la poésie du discours social référentiel.
Cependant, indépendamment du déploiement de ces nombreux champs, Un été africain, propose en filigrane un autre versant, celui de la représentation scénique qui entraîne la dynamique de l’écriture romanesque dans le travail de l’expressivité théâtrale. « Il ne dépend pas de l’intention ni même du projet affirmé de l’écrivain, qu’un écrit soit pris ou reçu comme appartenant à un genre par lui choisi ».( 2)
Cet alliage singulier de deux réseaux de codes, laisse entrevoir un itinéraire de lecture clivé qui ébranle les assises du texte et construit un syncrétisme signifiant. En effet, parmi ces nombreux mini-récits fragmentaires qui se feuillettent indifféremment sans aucun rapport entre eux, s’impose un texte narratif qui relève de la logique du spectacle, entièrement organisé en représentations et dans le jeu figural, impulsant une parole déportée qui traduit une atmosphère fertile en situations et dessine un paysage émotionnel.
De ce fait, Un été africain revendique tous les motifs inhérents au genre. Le ton théâtral est manifestement dans le corps du roman. Les dialogues et la redondance des dispositions scéniques, les éléments récurrents du décor et de l’espace, les monologues et les invocations psychologiques fonctionnent comme spectacle, fondent l’essentiel de l’action et instaurent une grande intensité dramatique. Cette rencontre entre style romanesque et style théâtral, nullement en discordance, restitue une expression littéraire originale.
Structure du roman
Rappelons que le roman qui se déploie en dix sept chapitres plus ou moins discontinus, est structuré en sept nouvelles composites. Les sept centres d’intérêt qui rythment l’œuvre, laissent entrevoir plusieurs énigmes qui enrichissent la composition polyphonique du roman. Il n’y a pas de thème unique dans le texte.
Cependant, les chapitres 1,6,10,12 et17 qui composent la même nouvelle, (la famille Rai), occupent une place privilégiée dans le roman par leur cohérence, leur expression dramatique et leur perspective théâtrale . Cette nouvelle en cinq chapitres qui s’impose comme un ensemble de scènes, se donne à lire comme une véritable pièce de théâtre en cinq actes, repose sur une certaine fidélité au rite et au cérémonial du théâtre classique. Mohammed Dib a-t-il obéi à une préoccupation ou à une réminiscence du « genre » en concevant ce texte/représentation réglé en cinq tableaux ?
« La famille Rai », une pièce de théâtre en cinq actes ?
Chapitre1 |
P 7 | Famille Rai |
THEATRE - Acte I - |
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2 |
P17 | Marhoum | Marhoum ,un paysan, part au marché sur sa monture. Il est contrôlé à un barrage par des militaires français .De nombreuses perquisitions et arrestations ont eu lieu en ville. |
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3 |
P 27 | Baba Allal | Baba Allal s’appuyant sur sa canne descend en ville. Il veut revoir son fils Hmida parti au maquis. Il a rendez-vous avec Selka le forgeron. |
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4 |
P 33 | Baba Allal |
Baba Allal est dans la forge de Selka. Les deux hommes conversent. La discussion porte sur la guerre et l’engagement dans la lutte.
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5 |
P37 | Marhoum | Marhoum retourne chez lui après avoir fait ses emplettes. Il est près de midi . On apprend que Marhoum est le responsable du ravitaillement des patriotes de la zone . |
Chapitre6 |
P43 | Famille Rai |
THEATRE - Acte II- |
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7 |
P61 | Djamal | Djamal et Nefissa , un jeune couple, vivent dans une grande maison .Djamal est sans travail. Il vaque à travers la ville pris par ses pensées. |
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8 |
P 67 | Hamza | Hamza, ancien prisonnier, est dans le sous sol avec des amis. Il prend la parole . |
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9 |
P 79 | Djamal | Djamal est dans la boutique d’El Hadj. Les deux hommes discutent. Djamal parle de sa mal-vie. El Hadj lui propose un travail chez un ami. |
| Chapitre 10 | P95 | Famille Rai |
THEATRE- Acte III-
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11 |
P111 | Baba Allal | Le vieillard s’en va par la ville. Il est bouleversé par les arrestations et la torture. |
Chapitre 12 |
P115 | Famille Rai |
THEATRE- Acte IV- |
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13 |
P131 | Djamal | Les yeux ouverts, étendu sur le dos, Djamal fait durer ces instants de somnolence après la sieste. Djamal se perd dans ses pensées. Il veut partir. |
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14 |
P147 | Mostfa Ouali | Veuf, Mostefa Ouali est père d’une petite fille Nora. Il entreprend de rendre visite à son frère. Il est arrêté arbitrairement par les militaires français. |
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15 |
P159 | Djamal | Dialogue entre Djamal et El Hadj. Thème de la vie et de la condition du peuple. |
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16 |
P163 | Ba Sahli | L’armée investit le village de Marhoum. De nombreuses arrestations ont eu lieu ainsi que des massacres de bêtes. C’est une dénonciation. Marhoum est arrêté. Ba Sahli, accompagné de son fils Abed, abat le traître Layachi. |
Chapitre17 |
P181 | Famille Rai |
THEATRE - Acte V-
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* (Les chapitres 1,6,10,12 et 17, portent la mention théâtre et acte. C’est nous qui mentionnons )
Resumé :
Les cinq tableaux mettent aux prises la famille Rai, une famille bourgeoise étroite, à leur fille Zakya, jeune bachelière qui aspire à une vie plus émancipée. Les cinq épisodes se déroulent dans un même lieu, la maison des Rai, qui s’impose comme l’essentiel du décor, référence constante à un espace, à un milieu fermé.
La permanence du thème de la pièce, le mariage de raison, se manifeste à travers un jeu théâtral dynamique, organisé par un réseau de relations et attitudes très élaborées des personnages. La pièce ponctuée de scènes émouvantes et de scènes burlesques atteint son paroxysme à l’Acte III (chapitre 10, page 95), puis retrouve un mouvement ascendant très net, suivi d’une évolution vers la détente.
Première soirée
ACTE I
(Chap1 . Page 7 à 15)
Le premier tableau conçu manifestement comme une scène d’exposition nous instruit de tous les protagonistes, signifie le lieu et le décor. La question de la nature de l’intrigue est posée. Ce premier acte est révélateur d’un petit monde clos, d’un milieu étriqué et étroit. Trois scènes structurent ce premier acte.
SCENE 1
Zakya personnage central de la pièce est une jeune fille instruite, incertaine de son destin. Moukhtar Rai, père de zakya, fonctionnaire petit bourgeois, est tiraillé par les tendances modernistes et le désir de ne pas heurter les traditions. Yamna Bent Taleb la mère de Zakya, est une femme apathique, effacée, d’aucune épaisseur. Elle vit constamment dans l’ombre de son mari.
Nana Razia la grand mère, personnage au caractère intraitable et autoritaire, est la gardienne de la tradition dans ce qu’elle a de périmé. Choquée par ce qu’il lui semble un signe de décadence et de honte, la grand mère s’oppose fortement au choix de Zakya qui veut être institutrice.
« …Institutrice ! Cherche lui un mari , ça fera d’avantage son affaire. Une Rai , travailler ? Tu veux sans doute que la ville daube sur toi et ta fille. » P8
L’attitude de Moukhtar Rai est hésitante, malgré le projet attrayant de sa fille. Cette première scène se borne à montrer le début d’un conflit.
SCENE 2
Scène liaison après le départ de Zakya. La scène est brève, rapide, qui exprime les inquiétudes de la mère. Le dialogue entre les deux époux n’aboutit pas, il est estompé par l’arrivée de Allal Taleb.
SCENE 3
Allal Taleb, un nouveau personnage fait son apparition. Le beau frère est un bourgeois en apparence très respectueux des traditions. Il aime sa nièce sincèrement. Jovial et d’ un tempérament optimiste il aime les bons mots et les anecdotes. Allal Taleb est plein de prévenances pour Nana Razia avec qui il échange des propos pleins de bonne humeur.
Ainsi ce chapitre premier (Acte I ) qui ouvre le roman, débute selon les règles classiques d’une scène d’exposition théâtrale. L’intérêt de ce premier tableau est primordial. Il annonce le sujet réel de la pièce et permet toutes les indications sur les différents antagonistes et leurs préoccupations.
Deuxième soirée
ACTE II
( Chap 6 Page 43 à 59 )
Ce deuxième acte annonce le revirement d’attitude de Moukhtar Rai. Cette dérobade du père perturbe Zakya, compromet son projet et réconforte les propos de la grand mère.
Par ailleurs, ce deuxième tableau restitue les mêmes lieux, le même décor et la même situation entrevus dans le premier acte. Ici, comme au premier acte toute la structure du récit est répétitive.
SCENE 1
Zakya annonce tout de go à son père son désir de postuler à un emploi d’ institutrice. Elle dévoile avec gravité ses sentiments profonds. Le caractère de la jeune fille se précise. Elle est désireuse de mener une vie harmonieuse. Si elle apparaît douce et sentimentale, ses propos et son attitude n’en demeurent pas moins fermes devant le refus de son père.
« A quoi me sert mon baccalauréat à présent ?…Pourquoi avoir fait de si nombreuses années d’étude ? Est ce pour en arriver là, pour faire comme si tout ça n’avait pas eu lieu ? Je ne comprends pas… » p44
Moukhtar Rai circonspect et peu enthousiaste devant le projet de sa fille, change d’avis. L’intervention et les propos véhéments de Nana Razia outrée, confèrent à cet Acte II une intensité dramatique. La grand mère désapprouve et se gausse de l’instruction des filles. Elle coupe court à toute velléité de Zakya.
« Tu vois où nous conduit votre folie des études : nous manquer de respect, à nous qui vous avons mis au monde !…Ah ! quel monde ! Vous pouvez m’en croire, l’instruction vous rend pires que vous n’êtes naturellement » p45
Les trois personnages campent sur leur position .
SCENE 2
Yamna Bent Taleb rentre en scène, suivie peu après par la servante Rahma. Cette scène tampon a pour effet d’atténuer la tension, mais montre pourtant les inquiétudes de la mère qui n’arrive pas à exprimer sa pensée.
SCENE 3
C’est une scène de répétition, symétrique de la troisième scène du premier tableau. Scène un peu lassante, par du déjà vu et entendu. Cette situation est stylisée au moyen d’une succession de répliques symétriques. On a l’impression que la vie s’arrête, tourne en rond. C’est ici que le texte prend son allure théâtrale. Allal Taleb amorce un récit.
SCENE 4
Nana Razia manifestement fatiguée sort. Allal Taleb continue son récit. Sa volubilité lui donne du panache. Il fait allusion à son cousin Sabri.
SCENE 5
Scène très courte. Les deux hommes sortent. Allal Taleb s’en va. Zakya ouvre son cœur à sa mère qui lui prêche la résignation.
« Les uns rient pendant que les autres ont le cœur en larmes ; ainsi va le monde.
Dire que des générations entières de femmes en sont passées par là…
-Que faire mon enfant ? Il faut supporter » p57
SCENE 6
Scène très brève. Les deux époux regagnent leur chambre. Zakya est seule.
SCENE 7
Scène importante et originale qui repose sur un monologue plein de poésie. Zakya dialogue avec la nuit. Cet épisode qui achève le deuxième tableau est révélateur de l’état d’âme de la jeune fille exaspérée par l’attitude de sa famille.
« La rancune, l’affection alternent en moi comme l’ombre et le soleil par un jour orageux…Pourquoi le monde est-il plein de significations confuses et contradictoires ?
Mes pauvres parents ne reconnaissent-ils rien aux avertissements de notre époque ? Pourquoi la vie vient-elle battre de ses vagues contre nos cœurs sans y pénétrer ?…J’espère pourtant . J’espère sans trop savoir en quoi et sans que je croie à la possibilité de ce que j’attends. J’espère…Parce qu’il n’y a pas d’obscurité sans lumière, de mal sans bien…Parce qu’on ne peut pas ne pas espérer… »
p 58-59
Des interrogations passionnées et nombreuses sont posées. Zakya affirme avec vigueur son idéal, aux accents prophétiques d’une grande profondeur. Zakya qui vient de contempler le ciel dont l’immensité évoque celle de la nature, regarde les nuages qui semblent symboliser par leur immobilité l’absence de vie dont elle se plaint. La jeune fille ne sait quel sera son destin. Ses aspirations sont contradictoires et la seule échappatoire est de projeter ses sentiments sur le monde extérieur.
C’est dans cette scène pathétique qu’éclate l’humilité dans la souffrance de la jeune fille. Elle est sentimentale, très sensible en tout cas quand elle parle de la vie.
« Pourquoi la vie vient-elle battre de ses vagues contre nos cœurs sans y pénétrer ? p59
L’image très dense, évoque le désarroi toujours présent et le drame intime de la jeune fille blessée dans ses sentiments. Tout le poids de cette tirade, rythmée par l’émotion et le souffle oratoire, porte sur le dernier mot ‘espérer’ . C’est la scène clé de la pièce, elle est pleine de poésie tragique mais d’une tragédie malgré tout optimiste.
Journée décisive
ACTE III
( Chap10 Page 95 à 110 )
La pièce atteint son paroxysme avec l’annonce du mariage de Zakya. La situation est pathétique pour la jeune fille. Ce tableau alterne des scènes émouvantes et des scènes comiques, des éléments poétiques et prosaïques.
SCENE 1
Elle est différente des autres scènes .C’est le matin qui rayonne d’une clarté pure. C’est le chant et le contact des fleurs. Scène très brève, mais chargée de valeur symbolique qui suggère la pureté, la fraîcheur, l’harmonie.
SCENE 2
Scène très courte .Rahma dépose le petit déjeuner dans le patio, reçoit les instructions de la maîtresse de maison puis se retire.
SCENE 3
Zakya entre sans que sa mère la voie. La fille et la mère se retrouvent seules dans le patio. Zakya est prise de désespoir, elle se confie à sa mère qui ne comprend pas grand chose aux paroles de sa fille.
« Je ne sais plus ce que je dis, je blasphème , je réprouve l’existence que tu m’as donnée, l’existence qui est la tienne, la votre à tous… » p 99
Cette scène met en lumière l’émotion profonde de la jeune adolescente qui brave les convenances familiales ; elle traduit aussi le choc conflictuel de deux générations.
SCENE 4
Moukhtar Rai ravi surprend les deux femmes. Zakya s’éclipse. La joie du père contraste avec la tristesse de sa fille.
SCENE 5
Les parents sont seuls. Le père annonce le mariage, mais le nom du prétendant (Sabri) n’est pas prononcé, mais cela semble aller de soi. La mère acquiesce et réfléchit aux aspects pratiques du mariage.
SCENE 6
Zakya déconcertée revient et s’assoit auprès de sa mère qui lui annonce le mariage avec son cousin Sabri. Le désespoir de Zakya éclate.
« La jeune fille reste muette, comme frappée de stupeur. D’une voix rauque, éprouvant de la difficulté à former des sons :
- Mais qu’est ce qui vous a pris ? » p 104
SCENE 7
Scène courte. Nana Razia rentre en scène en geignant de douleur. Elle reçoit Zakya qui éclate en sanglot. Désemparée la jeune fille se réfugie dans sa chambre.
SCENE 8
Nana Razia vitupère la jeunesse d’aujourd’hui. Elle se félicite du mariage arrangé et débite des lieux communs. La mère de Zakya, personnage sans envergure, lui donne une pale réplique. Le discours réactionnaire de la grand mère est essentiellement tourné vers le passé.
SCENE 9
Scène burlesque. Sabri est tiré de son lit. Il arrive en pyjama, ensommeillé, devant Nana Razia qui lui annonce laconiquement et sans ménagement son mariage avec sa cousine Zakya. C’est la première apparition de Sabri. Il se sent mal à l’aise et ne comprend pas bien ce qui lui arrive. Scène rapide, très légère qui détend ce troisième acte.
La sieste
ACTE IV
( Chap 12 Page 115 à 130 )
SCENE 1
Notons le calme de cette scène malgré les commérages et le ton bonhomme et infantile des servantes. Rahma et Ima Safia les deux servantes, dans la familiarité de leur comportement, s’adonnent au jeu puéril des devinettes. C’est le moment de la sieste. Les deux personnages résument la situation en faisant allusion à Zakya.
SCENE 2
Orkya une autre servante arrive. La conversation bon enfant s’installe entre les trois servantes. Un quiproquo achemine dans leur discussion le sujet du mariage de Zakya. Leur point de vue est unanime. Le projet se précise et on pressent que le mariage de Zakya aura lieu inévitablement.
SCENE 3
Zakya rentre dans le patio sans prendre garde aux trois bonnes. Le regard vide, elle avance rêveusement… lointaine. Elle dialogue avec Rahma . L’incompréhension s’installe. La campagne ne présente pas la même chose pour les deux jeunes filles qui n’ont pas les mêmes valeurs ni les mêmes aspirations. Rahma prend congé de sa maîtresse et se retire.
SCENE 4
Restée seule dans le patio Zakya parle. Le passage révèle un accent de gravité chez le personnage. Une révolte sourde l’anime. Son monologue très sévère exprime la solitude, l’angoisse et l’incompréhension. Zakya est désemparée mais se ressaisit en définitive. Son dernier mot est un cri de colère :
« Mais je n’ai pas dit mon dernier mot . Non, je n’ai pas encore dit mon dernier mot. » p 125
La tension dramatique est à son plus haut degré.
SCENE 5
Allal Taleb qui veut mettre en garde la jeune fille, apprend très tard les événements. Très opposé à ce mariage il prodigue de bonnes paroles à sa nièce .Tout se passe comme si tous les jeux sont déjà faits. La jeune fille, révoltée et prenant le dessus un instant (scène 4) redevient tendre, fragile et soumise, apparemment vaincue. Elle refuse l’existence guidée par l’honneur qui lui commande de ne pas s’opposer à la volonté de son père et aux convenances familiales.
SCENE 6
Scène de liaison. Arrivée de la mère, départ de la fille.
SCENE 7
La mère encore une fois, apparaît comme un personnage timoré, secondaire et passif. Elle refuse toute discussion avec son frère et toute ingérence qui mettrait en cause la volonté de son mari. L’oncle amorce une manœuvre pour sauver la situation. Il annonce un beau parti pour Zakya. Le stratagème est vite évacué par le discours conformiste et conservateur de la mère.
La nuit
ACTE V
(Chap 17 Page 181 à 191)
SCENE 1
Les membres de la famille veillent. La discussion roule bon train entre Moukhtar Rai et Allal Taleb. Tout est rentré dans l’ordre en apparence. La tension dramatique de la veille a sensiblement décru. Scène stable où il n’est plus question que de lieux communs et banalités. Le mariage semble scellé définitivement.
SCENE 2
Retournement brutal de situation. L’entrée imprudente et intempestive de Sabri Lasmar ivre, précipite les événements et redonne au débat sa tension maximum. La scène est agitée. La famille Rai est déstabilisée par l’attitude grotesque du futur gendre. Allal Taleb saisit cette opportunité pour souligner l’inconduite du jeune garçon, le contraint à se montrer cynique et bas. Il choisit ce moment précis pour évoquer le mariage de Zakya. Sa parole est ici le lieu d’interrogation et de dénonciation. Moukhtar Rai tire la leçon des événements, semble pour le moins hésiter. Le mariage est compromis.
SCENE 3
Emotion profonde des parents après l’éclat de Sabri. L’esclandre a provoqué un revirement de situation. C’est la scène de rupture. Les parents déçus, déchirés par le conflit cœur/raison, reviennent sur leur décision. Le mariage semble bel et bien rompu. La théâtralité se retrouve dans cette émotion qui participe au jeu de force qui anime les rapports des membres du groupe.
SCENE 4
C’est la scène finale d’une grande théâtralité : Ombre, lumière, gestuelle…semble permettre la mise en scène et renvoient à l’univers du spectacle. Zakya est seule sur scène. Elle paraît apaisée. Elle est sensible à la beauté du ciel et des étoiles… reste attachée à son idéal…toujours aux prises avec ses conflits, ses questionnements… ne peut définir le sens de son malaise, de son instabilité. Néanmoins, elle ne cesse de célébrer une humanité à venir, de rêver à un monde meilleur. Cette scène dense est empreinte d’espoir et de malheur.
« Ombres, ombres, ombres…Je ne vois que des ombres, et il n’y a personne pour m’entendre. » p 191
L’écriture s’affranchit des frontières du récit. Ainsi l’originalité de cet ensemble de cinq chapitres, qui forme un récit romanesque homogène et structuré, réside dans sa forme et son expression théâtralisées. Ce récit /théâtre où les frontières ne sont pas tranchées, cette subversion des formes, cette interaction des deux écritures, sont les seules modalités dynamiques à même de produire des questionnements et des réponses majeurs, à entrevoir les véritables sens.
« …La référence à l’expression théâtrale dans l’écriture romanesque va de pair avec la remise en question ,comme quand, plus généralement, une société a recours au théâtre pour affirmer son existence ou accomplir un acte décisif qui la met en cause. » (3)
Bibliographie :
1- Mohammed Dib, (1952) La grande maison, (1954) L’incendie, (1957) Le métier à tisser. Paris Seuil.
2- France Vernier (1977), L’écriture et les textes, Paris Ed. Sociales p 85.
3- Zineb ben Ali. 1985 ‘’Le fou,le roi. Pour une étude du théâtre de Moh Dib’’
Kalim N°6 Alger OPU
4- ‘’ Discours en/jeux intertextualité ou interaction des discours ‘’
Actes colloque 5 ,6,7 Avril 86 Alger ILE OPU
5- Beida Chikhi.( 1989), Problématique de l’écriture dans l’œuvre romanesque de Mohammed Dib, Alger OPU.
6- Dejeux Jean (1978), Littérature maghrébine de langue française. Ed Naaman,
